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Publié par collectif-litterature

La couverture de ce petit roman attire l’œil, on se croirait revenu au Moyen-Âge, au temps des histoires se transmettant par l’oral. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il faut laisser le texte s’imprimer en vous.

C’est avec une écriture (j’aurais presque envie d’employer le mot « langue » tant le phrasé se démarque) riche et travaillée que Lucie Baratte nous entraîne dans un conte dont elle contrôle tous les codes. Un baron fortuné attend désespérément un héritier. Son épouse languide, de petite santé, n’y arrive pas. Elle a bien réussi à mettre au monde deux jumelles, une brune et une blonde que la nourrice nomme d’emblée Ronce et Épine, mais les garçons, ce n’est pas ça. En plus, elle est dans « son monde ».

« Ses mots tremblent comme des soupirs, sa voix de mère, si basse, se confond avec le bruissement de la ramée. Elle palpite, elle frémit et subitement elle recommence à fredonner. Son chant étrange hypnotise le temps, ses notes affadissent le soleil. »

Ronce ressemble à sa mère, elle aime broder, rester à l’intérieur, s’inventer un univers.
Épine, elle, aime suivre son père à la chasse, être dans la forêt qui la fascine. Lui, il l’accepte, non par devoir paternel, mais plutôt parce que ça l’amuse, mais quand il ne veut pas d’elle, il le lui fait savoir.

C’est surtout la nourrice, Cendrine, qui apporte de l’affection aux deux sœurs. Leur mère est distante, pas concernée, elle ne s’intéresse pas à elles. Les deux filles grandissent et veulent choisir leur avenir. Elles s’émancipent, se lient avec la forêt toute proche, chacune à sa façon. C’est étrange mais pas trop, juste à la frontière du rêve, de la magie. Sortilèges et enchantements plongent le lecteur dans une féérie intemporelle, dans un lieu envoutant : le château et ses extérieurs. La légende de Trystain apporte un côté fantastique.

Les titres des chapitres sont poétiques. L’autrice a tout fignolé, avec doigté et intelligence. Les personnages portent chacun leur destinée, avec plus ou moins de volonté. Parfois les événements leur échappent car il est impossible de tout maîtriser.

Lucie Baratte a tissé, cousu, brodé, une « tapisserie » entre la forêt et les deux frangines. La première s’imprégnant dans les deux autres, ramage après ramage. C’est habilement fait, assez visuel. Je verrai bien une succession de tableaux peints à l’ancienne racontant ce livre. Parfois, j’aurais aimé une petite musique de troubadours en bruit de fond tant j’étais dans l’ambiance. L’atmosphère est bien décrite, elle porte et emporte.

De nombreux thèmes sont abordés. La place de la femme dans le couple, ce qu’on attend d’elle. L’éducation des enfants, la maternité, le deuil et bien sûr la gémellité et ce que ça implique de complicité, de respect des différences, de jalousie, de sentiments mêlés ….

Les ramures de ce texte m’ont pris dans leurs rets, je me suis régalée de son côté onirique, bien dosé, ainsi que des images que les phrases faisaient surgir sous mes yeux. Il y a quelque chose de mystérieux, de prenant. C’est réjouissant qu’à notre époque, des auteurs écrivent comme cela, pour le plaisir des mots et de ce qu’ils transmettent de merveilleux.

 

Éditions : Points (18 Septembre 2026)
ISBN : 9791041424764
210 pages

Quatrième de couverture

Dans un château perdu à l’orée d’une forêt mystérieuse vivent deux sœurs jumelles. Avec pour seule alliée leur nourrice, Ronce et Épine grandissent à l’ombre d’une mère fantomatique au corps usé par maintes accouchements et d’un père tourné vers son propre plaisir. Pour fuir leur vie recluse, les deux jeunes femmes s’adonnent à de dévorantes passions : la chasse pour l’une, la broderie pour l’autre. Mais dans cette forêt étrange et fascinante rôde un esprit vengeur. Devront-elles faire front ou se séparer pour vaincre ce qui veut les briser ?

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