Liberty d'Arnaud Rozan
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1947, New-York. Assa, huit ans, se retrouve seule, sa grand-mère vient de mourir. Elle est noire, a peur d’être placée dans un institut où on lui arrachera la peau. Que lui réserve l’avenir ? Elle n’a plus envie de vivre et c’est infiniment triste de lire qu’à cet âge-là, plus rien ne la retient à la vie.
Une rencontre, aussi improbable que belle, la met en contact avec des femmes, dont Liberty qui donne le titre de cet ouvrage et qui est la narratrice. Les seuls objets qu’elle a emportés avec elle sont un vieux cliché en noir et blanc et une courtepointe brodée, style patchwork, qui raconte des histoires qui ont bercé son enfance. J’ai beaucoup aimé ce symbole, où chaque morceau est une période de vie. Ce qu’elle y « lit » l’emmènera sur les traces de son passé afin de mieux comprendre qui elle est et d’où elle vient.
Assa est une fillette au début de ce récit et on la suit pendant très longtemps jusqu’à ce qu’elle soit très âgée.
« Assa monta en graine. Lentement. »
Elle se « construit » sous nos yeux, pas à pas, épreuve après épreuve car la vie ne lui fait pas beaucoup de cadeaux. Elle a une personnalité singulière, elle se cherche sans cesse et pour ça, elle va parfois très loin dans ses décisions. L’auteur entremêle le destin d’Assa à celui des Afro-Américains, à celui des amérindiens, tous ces peuples rejetés, parfois même balayés. Ils sont tous face à la perte de leurs racines, de leurs coutumes, ils perdent leur pouvoir décisionnaire et se battent pour exister. Assa, comme eux, revendique son identité et quand elle doit la prouver, elle refuse. Son geste est tellement beau !
Dans le récit, des faits réels sont parsemés, ici et là, nous rappelant les injustices contre les Afro-Américains, comme autant de taches sombres qui brouillent la vue sur le futur d’Assa et qui la marquent.
Entêtée, elle garde ses pensées pour elle lorsque le dialogue n’est pas possible et campe sur ses positions. Elle ne s’impose pas violemment, seulement par sa ténacité et c’est remarquable.
L’écriture de l’auteur oscille entre plusieurs styles et demande une bonne concentration au moment de la lecture. Des rêves, des passages plus ésotériques, entrecoupent le quotidien d’Assa. Mais ils ont raison d’être et donnent une autre dimension au texte, offrant un phrasé poétique et lumineux.
Arnaud Rozan n’en rajoute pas dans le pathos, et c’est très bien. Ce qu’il exprime, c’est la voix de tous ceux qui sont opprimés, souvent oubliés, et qui n’ont que leur volonté pour continuer la route au nom de ceux qui ont disparu, afin qu’ils existent encore à travers eux.
Ce roman est bouleversant, Il parle de sujets qui sont pour moi essentiels, la transmission et les valeurs des hommes bons. Sa construction est intéressante et même plus car elle apporte une touche originale de sensibilité et de justesse. Si j’ai été surprise par les premières pages, qui pourront désarçonner certains lecteurs, je me suis par la suite attachée aux pas d’Assa et j’ai eu du plaisir à l’accompagner.
Éditions : Récamier (20 Août 2026)
ISBN : 978-2385772277
280 pages
Quatrième de couverture
Dans le Harlem de l'après-guerre, une enfant confrontée à la mort, à la perte et à la violence du monde apprend à vivre grâce aux récits, à l'imaginaire et à la puissance des femmes qui l'entourent.
Elle découvre que survivre, c'est aussi apprendre à se raconter et à interroger les histoires que l'on fait siennes.
Assa, la première fois que je l'ai vue, elle se penchait au-dessus du vide : elle avait à peine huit ans et voulait se supprimer.
L'existence n'était déjà plus rien pour elle ?