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Publié par collectif-litterature

Elle s’appelle Ji-Sun, dite Kimmie, elle est coréenne. Elle a été élevée dans la pure tradition de son pays. Respect des aînés, des traditions, dévouée aux autres, obéissance à sa famille. Dans son pays, on ne choisit pas vraiment, on fait ce que les parents attendent de nous. Elle a accepté ce qu’on lui imposait, parce qu’elle a appris à être sage. Elle n’a jamais envisagé que ça puisse être différent.

« Mes parents n’auraient jamais voulu. Ils ne m’auraient pas laissée. Tu sais, on ne peut pas désobéir …. »

Et puis, arrivée à un tournant de sa vie, elle décide de vivre autre chose. Un voyage. Seule. Une destination. La Jordanie. Elle n’a pas choisi la facilité mais elle tente. Rien n’est simple pour elle. Ni de trouver sa place, ni de faire des rencontres. Il y a toujours un peu de réserve, de retenue, de peur. Comme si le poids des regards imaginaires de ses parents la bloquait, pesant sur ses épaules, jusqu’à l’empêcher de bouger. Prendre des risques ? En est-elle capable ? En a-t-elle envie ?

 Une première rencontre la déstabilise. Rester en retrait, aller de l’avant ? Elle est sans cesse entre les deux, hésitante, tentée et effrayée. Oser l’aventure, c’est pour cela qu’elle est partie, qu’elle a tout laissé derrière elle, sans se confier, sans annoncer ses intentions. En se taisant, pensait-elle occulter les éventuels dangers (que d’aucuns ne pourraient imaginer puisqu’elle « n’était pas là-bas »), ou le faisait-elle pour donner tout son sens au mot liberté ? Et finalement, que peut lui apporter le groupe ?

« Elle s’était échappée de Corée pour s’extraire du collectif, et là encore chaque décision devait être soumise au groupe. »

Ce récit montre le lent cheminement de Ji-Sun et celui des personnes qu’elle croise. Chacun est en route pour une raison précise, sans forcément le verbaliser. Quelques-uns cherchent quelque chose, d’autres se laissent porter.  C’est un texte introspectif, avec peu d’actions. On est plus dans l’analyse des ressentis, des besoins, des désirs et surtout des possibilités.

Les réflexions que se fait Ji-Sun sont intéressantes, on peut se retrouver dans quelques phrases. Elle s’ouvre petit à petit et ce qu’elle entrevoit lui fait envie. Mais c’est quelques fois difficile pour elle de laisser les « contraintes » habituelles sur le côté et de vivre sa vie. Les autres individus ont tous des questionnements.

C’est là qu’on réalise que voyager est rarement neutre, que chacun peut y trouver ce qu’il souhaite si son esprit est ouvert.

L’autrice a très bien observé les touristes, notamment dans la façon dont ils se présentent aux autres (page 137) en fonction de leur lien au voyage. De nombreux thèmes sont abordés, le couple, le choix d’avoir des enfants ou pas, les liens qu’on crée lorsqu’on fait du tourisme et leur pérennité.

Anaïs Laurent parle de tout ça avec beaucoup de finesse, de doigté. Il n’y a pas pléthore d’actions, on est plus dans l’introspection. C’est très bien fait et les personnages sont attachants.

PS ; je ne sais pas si ce que j’ai lu sur les chanteurs de K-pop est vrai, mais ce n’est pas rassurant sur le fonctionnement des imprésarios de ces groupes.

 

Éditions : 5 Sens (15 Mai 2026)
ISBN :  978-2889498598
184 pages

Quatrième de couverture

Un drame familial rebat les cartes de l’existence de Ji-Sun. Elle, que l’on tenait pour l’incarnation de la femme idéale coréenne ― sage, dévouée, travailleuse ― décide de tout quitter pour un voyage en solo en Jordanie. Là, ses rencontres ― nomades, voyageurs, ombres du passé ― la poussent à reconsidérer son rapport au monde. Peu à peu, une évidence s’impose : la liberté a un prix. Sera-t-elle prête à le payer ?

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