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Publié par collectif-litterature

Ce soir-là, c’est la première pour Alice, elle sera seule en scène. Seule ? Pas vraiment. Elle portera avec elle toutes les femmes qui ont participé à l’atelier qu’elle a proposé, en prison. Elle a le trac, il lui coupe les jambes, lui noue le ventre mais elle doit y arriver.

Pour toutes « ses sœurs » qui se sont exprimées lorsqu’elle animait, accompagnée de Nelly, les rencontres. Ce projet, elle avait osé l’envoyer au directeur de la prison, presque persuadée que ce serait : non, pas possible, trop compliqué. Mais cet homme a dit oui, on va s’organiser, demander les autorisations, mais attention, ce ne sera pas simple.

Elle a préparé au mieux le premier rendez-vous, se demandant combien elles allaient être, si elles resteraient, si elles auraient envie de continuer l’expérience.

Elles sont venues, un peu sur la défensive, mais elles ont accroché et ont continué. Il faut dire qu’Alice, avec sa sensibilité a su non seulement leur parler mais les écouter et surtout leur donner la parole. Neuf femmes pendant trois semaines.

Elles ont « travaillé » à partir des textes de la comédienne, puis en faisant des improvisations. Le thème général : la féminité en prison. L’amour, l’amitié, les problèmes gynécologiques, la sexualité etc. La féminité en milieu carcéral ? Est-ce que ça peut exister encore ? Quand on passe derrière les murs, l’identité s’efface. Les enfants, les conjoints, c’est lorsqu’il y a des visites ou avec quelques photos dans la cellule, qu’on partage, donc l’intimité …. Enfermées pendant des semaines, des mois, que reste-t-il de la capacité à aimer, à s’aimer ?

Elles n’ont pas toutes le même passé, le même vécu, le même âge. Stella est la plus jeune, habillée de noir, à fleur de peau, révoltée mais taiseuse le plus souvent. Alice s’attache à elle, lui demande d’être là pour la représentation, puisqu’elle aura été libérée. Mais Stella n’est pas là… Au téléphone, elle explique pourquoi et demande à Alice de lui rendre visite.

Quand elle veut la retrouver, Stella est partie. Alors Alice prend la voiture et part à sa recherche. Le chemin est long, elle lui échappe mais Alice continue la route…

Dans ce roman, on prend certaines situations en pleine face, une réalité brute, crue, terrible. L’autrice nous plonge dans un récit porteur de sens, avec quelques statistiques qui font froid dans le dos. Elle a su adapter le phrasé aux différents personnages. Elle montre qu’on ne sort pas indemne d’un séjour derrière les barreaux, l’étiquette reste collée à la peau et à la sortie, la réinsertion est complexe. Oui, il vaut mieux éviter d’y aller mais certains événements font qu’un jour, on se retrouve du mauvais côté, avec tout ce que ça comporte de difficultés, de pertes de droit, d’autonomie, de respect …

Quand on a dérapé une fois, fréquenté les mauvaises personnes, fait des erreurs, que reçoit-on de la société pour ne pas rechuter ? Quel suivi est proposé ?

Le ton est très juste, l’écriture précise et vivante. Les thèmes abordés sont intéressants dont les traumatismes de l’enfance qui, s’ils n’excusent pas tout, peuvent fournir des pistes de réflexion.

Ce texte est puissant. À travers ce qu’on lit, on entend un long cri entre les lignes, un cri d’alarme, un appel au secours, un plus jamais ça, car les récidives sont trop nombreuses ….

Éditions : Récamier (27 août 2026)
ISBN : 978-2385772215
224 pages

Quatrième de couverture

Au cours d'un atelier théâtre dans une prison de femmes, Alice, comédienne, rencontre une jeune détenue, Stella, dix-neuf ans, que tout le monde appelle la petite boiteuse.
Peu de temps après sa libération, Stella disparaît.
Lorsqu'Alice la retrouvera, ce sera le choc.
Et si les récidives n'étaient pas celles que l'on croit ?

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