Parle-moi de chez nous de Jeanine Cummins (Speak to Me of Home)
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Coup de cœur ! J'ai tout aimé dans ce roman, personnages, contexte, écriture, tout m'a plu de la couverture à la dernière page et il reste très présent en moi.
C’est une saga familiale sur trois générations. On explore le passé, les non-dits, les difficultés face à une certaine forme de racisme, les obstacles au quotidien, les désagréments liés à la famille, aux "qu'en dira-t-on" qui bloquent la spontanéité.
Un fait grave permet à chacune des trois femmes évoquées de revisiter le passé, de l'appréhender avec du recul pour mieux analyser ce qu'il a induit sur le présent. C'est une fresque ambitieuse, car des événements réels sont glissés çà et là avec intelligence, c'est très bien fait.
Les protagonistes, essentiellement des femmes de la même famille, sont attachantes, belles à l'intérieur et à l'extérieur. J'avais envie qu'elles existent réellement. L’une d’elles a quitté Porto-Rico, ses racines, pour suivre son époux. Les expatriés n'ont pas toujours la vie facile et les habitants du cru la méprisent. Comme si le mariage entre « personnes n’étant pas du même bord » (origine, culture, finances) était une erreur de casting. Elle souffre, elle subit … et doit accepter le regard que les autres posent sur elle. Mais le temps passe, elle apprend à se détacher du jugement.
« L’objectif majeur de sa vie d’adulte, après ses premières années passées au sommet de l’échelle sociale, puis un peu plus bas, serait donc c’apprendre à en occuper le juste milieu, à se dépouiller des attentes artificielles et absurdes qu’on lui avait inculquées malgré elle, et de découvrir qui elle était en dehors du carcan constitué par l’indulgence de son père et un système de castes arbitraire. »
Rafaela (née en 1947) a rapidement compris que les hommes ont plus de liberté que les femmes, qu’ils peuvent choisir réellement leur épouse, sans subir l’influence des parents, des traditions.
« Elle savait qu’il en était autrement pour les femmes parce que, sans que personne le lui ait dit, elle avait respiré, intégré, absorbé depuis sa petite enfance cette certitude que tomber amoureuse d’un garçon comme ….. la perdrait. »
Ce qui m’a frappée dans ce livre, c’est la force de ces femmes face à l’adversité, je pourrais même écrire leur résilience. Elles veulent « s’accomplir », choisir leur vie, n’y arrivent pas forcément mais elles ne lâchent rien, elles ne renoncent pas, au moins dans leur esprit avant d’essayer de faire bouger les choses. Elles gardent ainsi leur liberté de penser et je trouve cela magnifique même si quelques fois, j’ai senti combien c’était douloureux pour l’une ou l’autre.
L'écriture (merci à la traductrice) est immersive, prenante, précise, bien dosée entre événements, ressentis et analyses, l'équilibre est parfait. On passe d’un lieu à l’autre, de l’une à l’autre sans problème et on se repère facilement, d’autant plus que l’autrice a mis un arbre généalogique ce qui est une excellente idée. De plus, au début des chapitres, le lieu et la date sont indiqués. Il y a une espèce de « parallèle » entre toutes ces figures féminines comme si leur destin se répondait en écho.
J’aurais pu continuer d’accompagner cette famille tant j’ai apprécié de les suivre et de découvrir leur évolution au fil du temps.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché
Éditions : Philippe Rey (20 Août 2026)
ISBN : 978-2384823123
530 pages
Quatrième de couverture
1968, Porto Rico. En épousant Peter, un séduisant Américain d'origine irlandaise, Rafaela s'efforce d'étouffer les doutes qui l'assaillent. Pour cette jeune femme hantée par la faillite financière de ses parents et par son amour caché envers le fils de sa gouvernante, quitter son île natale apparaît comme un possible renouveau. Pourtant, malgré la joie apportée par ses deux enfants, son installation sur le continent américain l'isole. L'hostilité de sa belle-famille, l'interdiction de parler l'espagnol ainsi que le mépris du voisinage à son égard la plongent dans l'amertume.
Sa fille Ruth, elle, apprend à vivre en taisant les injustices subies. Elle n'a qu'une obsession : s'intégrer, quitte à renier la culture de sa mère.