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Publié par collectif-litterature

"Le roi disait que j'étais diable", de Clara Dupont-Monod

Une chronique de Richard.

Suite à sa sélection comme finaliste au prix Goncourt, j’ai eu le goût de partager mon ressenti après ma lecture de ce roman.

À la toute fin du roman, l’auteure nous offre une phrase venant contextualiser ce roman historique d’atmosphère : « L’Histoire laisse tant de zones blanches qu’elle permet la légende, mais aussi le roman. »

« Le roi disait que j’étais diable », 7e livre de Clara Dupont-Monod, nous plonge au cœur même de la vie du roi Louis VII et de ses 15 ans de vie commune avec Aliénor d’Aquitaine.

Roman historique d’abord, car il nous brosse le portrait de ce début du XIIe siècle sans rien de didactique ou qui transpire une recherche trop studieuse. La grande Histoire est là mais elle n’écrase pas la petite, celle du quotidien, de ces personnages qui l’ont faite.

Roman choral où un dialogue de sourds s’installe entre ce roi improbable et cette reine vindicative. Murés dans leurs pensées, envahis par leurs convictions et leurs croyances, incapables d’entrer en contact avec l’autre, ils sont pris dans l’étau de leurs visions.

Et enfin, roman d’atmosphère et d’amour, huis clos de sentiments, engoncé dans des habits trop petits pour chacun. La reine accepte mal les freins de ce roi hésitant et Louis se meurt pour cet amour impossible qui lui serre le cœur et lui brouille le jugement.

Fermez-vous les yeux, imaginez Aliénor, à la fenêtre de la tour du château de son père, voyant une colonne de poussière soulevée par les chevaux du jeune Louis, venant la chercher pour créer l’alliance qui reliera le duché d’Aquitaine au reste de la France.

Aliénor rêve de combats, de guerre, de puissance et de pouvoir et elle aime s’entourer de troubadours qui chantent ses louanges. Ambitieuse, aucune limite ne vient freiner ses éventuelles conquêtes. Elle rêve d’un homme à son image, guerrier et conquérant.

Louis, que l’on vient d’arracher à son monastère, est à l’opposé de cette future reine ambitieuse. Entièrement voué à une vie de prières, la mort de son frère ainé, tué par un accident de cheval effrayé par un cochon, le propulse comme prétendant au trône. Tout concorde pour que ces quinze années de mariage soient un enfer pour le roi, sa cour et la France.

Le lecteur part donc à la découverte de la cour royale, du Paris médiéval et entreprend un voyage qui le mènera à la deuxième croisade, pour la conquête de territoires mythiques.

Clara Dupont-Monod nous offre ici un roman envoûtant où, en alternance, le lecteur devient le spectateur des pensées et des réflexions de ses deux personnages principaux. Le fossé se creuse et nous assistons à cette montée de tension qui survolte l’entourage royal. L’auteure réussit à donner à Aliénor et à Louis le ton que chacun doit avoir, les paroles et les attitudes qu’ils auraient dû tenir.

 

« Le roi disait que j’étais diable » est un roman qui se lit tout en douceur et en y appréciant toutes les nuances des émotions : de la haine à la passion.

Richard, Polar Noir et blanc

Le roi disait que j’étais diable
Clara Dupont-Monod
Grasset 2014
238 pages

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