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Publié par collectif-litterature

on_ne_tue_pas_les_gens.jpgUne chronique d’Astrid

Romancier et traducteur des grands auteurs de la littérature américaine, Alain Defossé réussit avec son huitième roman  « On ne tue pas les gens » à draper de dramaturgie littéraire un fait divers sordide dont il fut le témoin muet.  Ce fait divers largement relayé par les  médias et notamment par l’émission « Faites entrer l’accusé », l’auteur se décide  après des années de mutisme à l’éclairer de sa plume digne d’un Simenon moderne.

En préambule, l’auteur revient sur son besoin viscéral de choisir la province pour renouer avec l’écriture. Le cadre de son exil littéraire sera donc Châteaubriant, ville aux sonorités romanesques située au carrefour de la Bretagne et des Pays de Loire. Il nous offre à lire une description oppressante de  cette province ployant sous le poids de son histoire. Une province dont l’avenir n’est fait que de parkings déserts, de places de marchés et de pubs où le taux de Gama-GT monte en flèche tandis que celui de la croissance reste à zéro.  C’est dans ce contexte que l’auteur plus avide de nuit que de jour traine sa mélancolie de bars en bars et finit par nouer des liens d’amitié avec une jeunesse rurale aux avant-bras aussi forts que démunis par l’inaction. « La nuit tous les chats sont gris » et les canapés éventrés reçoivent les confidences, tandis que l’alcool fort brule les ailes de ces jeunes as du volant qui s’écrasent contre les platanes.

Le pub de prédilection de l’auteur deviendra vite  « La Louisiane » dont le nouveau propriétaire Didier, petit brun séduisant au regard aigu, ne laisse pas l’auteur insensible. Une sorte d’amitié amoureuse de la nuit, une amitié silencieuse rythmée par la musicalité du houblon va voir le jour entre les deux hommes. Didier bosse dur, écoute sans juger ce que l’alcool déverse d’ennui. Didier tient le coup s’appuyant sur la solidité muette de sa femme aussi blonde et diaphane qu’il est ténébreux et électrique. « La Louisiane » aurait pu couler des jours heureux au bord de son Mississipi breton mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille et sous les traits d’un patron de bistrot peut se cacher un homme bien plus violent et sombre.

C’est à cette part d’ombre tapie dans l’homme qu’Alain Defossé s’adresse, lui qui un soir s’est tu sur ce qui devint un meurtre glaçant qui en cachait d’autres.  Roman triste et désabusé, roman sur la culpabilité qui hante, « On ne tue pas les gens » évoque aussi avec une émotion jamais feinte ce qu’est l’amitié autour d’un verre quand la lune tombe dans le caniveau. Excédé par la surenchère médiatique autour de cette affaire, Alain Defossé retrace donc avec autant de précision que de noirceur lucide ce cauchemar nocturne qui transforma son ami en loup. Ce crime inimaginable, l’auteur ne le juge jamais. Un romancier n’est pas un homme de loi mais un homme de mots et seuls les mots peuvent accorder le second souffle de la rédemption à cet assassin que la justice condamna à l’exil définitif. On achève donc la lecture de ce roman autobiographique fort d’une certitude : la folie n’irrigue pas que le cœur des hommes mais aussi celui de ces villes rendues désertes par notre oubli.

Astrid MANFREDI, le 08 juin 2012  (laisse parler les filles)

 

 

Roman : On ne tue pas les gens
Auteur : Alain Defossé
Editeur : Flammarion, 2012
Nombre de pages : 142
Prix France : 15 euros

Traducteur d’Irvine Welsh, Chuck Palaniuk, Joseph Connolly et de Bret Easton Ellis (American Psycho) Alain Defossé, né en 1957, est aussi l’auteur de sept romans et récits parmi lesquels Chien et cendres (Panama, 2006) et Mes inconnues (Phébus, 2011)

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