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Publié par collectif-litterature

oreilles_de_buster.jpgUne chronique de Christine.

 

Nous venons au monde le cœur et l’âme tels des toiles vierges sur lesquelles se dessinera notre vie.

 

Sans a priori, prêts à écouter, à faire confiance, à aimer.

 

Prêts à imaginer de belles arabesques. Avides de jolies couleurs.

 

Jusqu’au jour où nous réalisons que notre belle toile n’est pas l’œuvre d’un peintre unique : nous.

 

D’autres y ont accès. D’autres y ajouteront d’exquises enluminures.

 

Ou d’infâmes graffitis.

 

Alors, avant de sombrer dans une cacophonie de couleurs, avant que le bleu du ciel se couvre de nuages opaques, il faut apprendre à reconnaître les hooligans tagueurs.

 

Et leur barrer la route.

 

J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution… *

 

Sud-Ouest de la Suède. Éva, qui n’aime rien tant que marcher seule au bord de la mer, ou entretenir sa magnifique roseraie, accepte de renoncer au calme pour quelques heures et pour fêter ses cinquante-six ans en compagnie de sa famille et de ses amis. Sa petite-fille préférée lui offre à cette occasion un journal intime.

 

« Ça fait longtemps que tu en voulais un. (…/…) J’ai hoché la tête, et elle a disparu, me laissant seule feuilleter le carnet, qui n’avait de remarquable que la vacuité blanche de ses pages. Elles exigeraient leur lot de sacrifices, de témoignages et de victimes, je l’ai su tout de suite.

 

 Nuit après nuit, en compagnie d’un bon verre de cognac, ou de bordeaux, voire de la bouteille entière, Éva va écrire. Elle sent comme une urgence à le faire. D’autant que Sven, l’homme qui partage sa vie, lui a annoncé que des travaux devaient être entrepris dans le jardin, au beau milieu de SA roseraie ! Et ça, Éva ne pourra pas le supporter, pas avant que…

 

Alors, elle confie ses souvenirs à ce journal intime.

 

Son enfance, entre un père aimant, mais souvent absent, et une mère très belle, brillante, fantasque. Mais aussi instable qu’égoïste, et totalement dépourvue d’amour maternel.

 

Elle raconte comment une petite fille ne demandant qu’à être réconfortée, rassurée, aimée, apprend à se protéger, à élaborer des stratégies de survie.

 

Jusqu’au jour où elle rencontre John. Un marin anglais de passage, qui s’attache à elle, qui l’aime telle qu’elle est.

 

 Éva pense pouvoir être heureuse. Enfin.

 

Mais …  

 

Je compris alors que celui qui éprouve un sentiment de culpabilité n’a pas forcément commis de péché. En revanche, on l’a accusé de tous les maux… *

 

Entre histoire douce-amère et conte, découvrons ce récit à la fois intimiste et étonnant de noirceur. Car il n’est pire piège toxique que celui tendu par la personne dont l’on se méfie le moins, celle qui est proche, celle dont on ne voit qu’une apparence trompeuse.

 

Derrière le masque de l’amour se cache parfois tout autre chose.

 

Beaucoup plus proche de l’égoïsme, de la manipulation, parfois de la malveillance.

 

C’est ce qu’a connu Éva, c’est ce qu’elle nous dévoile peu à peu.

 

Il est temps pour les souvenirs de sortir de l’enfouissement, d’éclore une dernière fois pour ensuite se faner définitivement, tels les pétales de ces roses qu’elle aime tant.

 

C’est l’histoire d’une femme, d’une famille, l’histoire de relations amicales, amoureuses, familiales, bénéfiques ou perverses.

 

C’est une histoire de roses, de mer, d’amour et de haine.

 

C’est l’histoire d’un assassinat, aussi.

 

Quand les rapports humains sont toxiques, il faut savoir trouver des contre-poisons.

 

C'est une question de survie.

 

Attention, vous allez osciller entre effarement, attendrissement, rage, tendresse. Ce roman joue sur toutes les palettes de sentiments, sans oublier quelques traits d’humour. Car Éva a pris ses distances, pour mieux nous faire partager ses émotions, ses pensées, sa vie.

 

Elle écrit pour faire un bilan, juste un simple bilan, lucide, sans concession et sans regret, parce qu’il faut ensuite aller de l’avant et enfin oser vivre.

 

Un roman très bien construit, poignant et émouvant, avec du style et de l’élégance (à signaler, quelques coquilles surprenantes en début de roman), avec des sourires et des larmes, qui décrit avec finesse et précision la complexité de certains rapports humains.

 

Ce livre ne pourra pas vous laisser indifférent, c’est certain !

 

* Phrases extraites du roman.

 

Christine, (Blog : Bibliofractale ) 

 

Les oreilles de Buster
Maria ERNESTAM
Gaïa
409 pages ; 24 euros

 

Présentation de l'éditeur

 

Eva cultive ses rosiers. A cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée qu'elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle s'occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi ta cruauté est-elle plus douce lorsqu'on l'évoque dans l'atmosphère feutrée d'une maison endormie. Eva fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne l'a jamais aimée. Très tôt, Eva s'était promis de se venger. Et elle l'a fait, avoue-t-elle d'emblée à son journal intime. Un délicieux mélange de candeur et de perversion.

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