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Publié par collectif-litterature

soleil_des_scorta.jpgUne chronique d’Albertine.

 

Il s’agit bien de rendre compte du  magnifique texte de Laurent Gaudé, mais d’abord, car ce sera peut-être une découverte pour vous, de l’usage du texte audio.

Que ceux qui n’ont pas encore expérimenté ce genre-là sachent qu’un beau texte bien servi par une belle voix (ici, celle de Pierre-François Garel), est encore plus appréciable dans cette forme de lecture, qui laisse libre de conduire, de coudre, de jardiner  ou, tout simplement, d’écouter.

 

L’histoire des Scorta est servie par une langue minérale, abrupte, essentielle, qui est celle du paysage des Pouilles où se situe le village de Montepuccio. Point de verbiage, les générations de Scorta se succèdent et tissent le destin d’un clan, dans sa cruauté, ses détours, ses nécessités.

 

Cruauté du sort du petit bandit  Luciano Mascalzone qui revient au village se venger d’un injuste jugement, en s’unissant charnellement et brutalement à Immacola. Il se trompe de femme ; et il va mourir lapidé par les villageois. "Il s'en est fallu de peu que je meure heureux. Quelques secondes, à peine. Quelques secondes de trop... J'ai senti l'impact des pierres chaudes sur mon corps. Et c'était bien... C'est ainsi que j'avais pensé les choses. Le sang qui coule. La vie qui s'échappe. Mon sourire, jusqu'au bout, pour les narguer... Il s'en est fallu de peu mais je ne connaîtrai pas cette satisfaction-là. La vie m'a fait un dernier croche-pied... Je les entends rire tout autour de moi. Les hommes de Montepuccio rient. La terre qui boit mon sang rit. L'âne et les chiens rient aussi. Regardez Luciano Mascalzone qui croyait prendre Filomena et dépucela sa soeur. Regardez Luciano Mascalzone qui pensait mourir triomphant et qui gît là, dans la poussière, avec la grimace de la farce sur le visage... Le sort s'est joué de moi. Avec délices. Et le soleil rit de mon erreur... J'ai raté ma vie. J'ai raté ma mort... Je suis Luciano Mascalzone et je crache sur le sort qui se moque des hommes."

 

De cette union sortira le clan des Scorta, avec Rocco Scorta, fils de Luciano et Immacola, qui, marié à la Muette, va engendrer trois enfants. « Une famille devait naitre de ce jour de soleil brûlant parce que le destin avait envie de jouer avec les hommes, comme les chats le font parfois, du bout de la patte, avec des oiseaux blessés. »

Grand et riche bandit, Rocco mourra comme il l’a dit, ne sachant pas que le pacte conclu avec le vieux curé ne serait pas honoré par son successeur, ce qui fera de ses enfants des gueux…

 

Détours du destin, qui vont empêcher la fratrie Scorta (Domenico, Giuseppe et Carmella) d’émigrer en Amérique, les obligeant à faire retour au village et à y fonder familles ; et qui vont conduire la dépouille du curé Don Carlo à reposer hors de la terre consacrée du cimetière, lui qui a condamné la Muette à subir ce sort …

 

Puis les dernières générations, enfants et petits enfants de cette fratrie,  vivront dans les bouleversements du XX° siècle, marquant profondément le village de Montepuccio qui après des siècles d’immobilité, va changer de face, et  devenir touristique. Mais ces générations recueilleront l’histoire de la famille Scorta, dont nous verrons peu à peu les plus anciens disparaître. Aucune mort n’est banale : elle signe, elle signifie la vie qui s’éteint, que ce soit sous un olivier, dans la mer ou dans l’ouverture de la terre qui tremble. Et ce magnifique roman nous entraîne à méditer sur la nécessité de vivre ce qu’il y a à vivre, le mieux possible, dans l’humilité de la transmission de la vie de génération à génération. Vies ordinaires et pourtant lumineuses, elles peuvent s’enraciner sur les cendres d’un bureau de tabac ou dans la parole d’un vieil oncle qui révèle les secrets de famille… Chez les Scorta, chaque génération doit refonder son existence mais reconnaître aussi l’exigence de continuité.

 

 

Le destin familial, unit étroitement  la chaîne des aïeux, parents, enfants, petits-enfants ainsi que  celle des fratries, dans un devenir inscrit dans les chairs : vie de labeur, vie illuminée par le soleil de Montepuccio, qui est aussi celui des Scorta.

 

A écouter absolument !

 

Albertine, 18 mars 2013

 

Le soleil des Scorta

Laurent Gaudé

Edition Thélème, en livre audio (14 mars 2013)
19 €

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Editions Theleme 18/04/2013 10:22

Merci d'avoir partagé votre expérience avec l'un des livres audio que nous proposons !