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Publié par collectif-litterature

clandestinUne chronique de Cassiopée.

 

Sur le fil….

 

C’est un livre de frontières….

 

Celles qui existent entre les pays (entre l’Arizona et le Mexique présentement), celles qui séparent les hommes qui ne se comprennent pas et qui, pourtant, se côtoient, celles plus délicates qui s’érigent dans les familles suite à une incompréhension, celles si ténues parfois entre le bien et le mal (il suffit de peu, quelquefois très peu pour basculer de l’autre côté et il est alors difficile de revenir du « bon côté »…), celles que l’on se crée, tout seul, par manque de confiance en soi, parce qu’on ne sait plus parler, communiquer et lorsque les autres se sont éloignés, le fossé est trop grand pour le franchir ……

 

Toutes ces limites sont évoquées de façon subtile, dans un roman magnifique, portée par une écriture délicate, donnant à chacun une place de choix, une manière unique de s’exprimer.

L’auteur alterne un récit linéaire (avec quelques pages dans le passé en début de livre) et différentes transcriptions apportant des éclairages variés sur les situations que nous découvrirons.

 

Gil Castle ; homme par « qui tout arrive », va nous aider à relier le passé et le présent. Fuyant un deuil difficile, voire impossible, il va partir sur le chemin de ses ancêtres, de ceux qui ont construit la (lourde) histoire familiale. Le poids du passé, qui, même lorsqu’on ne l’imagine pas, conditionne le présent, est évoqué par plusieurs biais : par la famille, par l’histoire des pays à travers les choix politiques, par l’intermédiaire de ces hommes et de ces femmes qui fuient le Mexique pour ce qu’ils croient être un mieux…

 

Les rapports entre les uns et les autres sont empreints de naturel. Les dialogues sonnent vrai et on voit que dans la contrariété, la souffrance, les hommes se révèlent, les masques tombent…

La mort et la drogue ont des rôles de premier plan dans cet opus. Elles entrainent les êtres humains au-delà de leurs limites …. Elles chamboulent tout sur leur passage….

 

Je n’aurais pas lu ce livre si une amie, qui me connaît bien, ne m’avait pas dit « mets le dans ta valise, je sais que tu vas aimer… » (elle avait raison ;-)

 

Il ne faut pas être rebuté par le nombre de pages. Le texte est fluide, les protagonistes aux caractères forts, vous prennent aux tripes. Tout va vite, les non-dits, les secrets de famille peuplent le récit  et on se dit que si quelqu’un s’était décidé à parler, à tendre la main, à essayer de comprendre, les « chaînes » ainsi engendrées auraient été brisées pour les générations à venir … Mais il n’est jamais aisé de « libérer la parole »…

 

J’ai beaucoup apprécié ce « pavé » (qui n’en a jamais été un tellement on a envie de connaître la suite.)

Le traducteur a trouvé le « ton juste » pour le récit comme pour les éléments apportés sous forme de transpositions. Le contenu m’a plu, tout cela m’a interpelée et je n’avais qu’une hâte : retrouver au plus vite Gil et ses comparses (son approche du deuil, ses ressentis sont finement décrits et très réalistes.)

 

Je conclurai par une question « Est-on otage de son passé ? »…..

 

 

Titre : Clandestin

Auteur : Philip Caputo

Traduit par Fabrice Pointeau

Éditions : Pocket (Mars 2013) Le Cherche Midi (Mars 2012)

Nombre de pages : 768

 

Quatrième de couverture

 

Gil Castle, homme d'affaires new-yorkais, ne se remet pas de la disparition brutale de sa femme. Après une longue dépression, il décide de tout abandonner pour s'installer seul avec son chien en Arizona, dans une petite bicoque perdue au milieu des terres familiales, près du ranch de son cousin. Là, à quelques encablures de la frontière mexicaine, il commence peu à peu une nouvelle vie, s'enivrant le jour de la beauté des paysages, lisant Sénèque la nuit. Mais, en recueillant un immigré clandestin, rescapé d'un deal de drogue ayant mal tourné, il va faire connaissance avec la face obscure de la frontière, celle qui, depuis des générations, pèse sur sa famille. Et avec l'apparition d'Yvonne Menendez, figure haute en couleur d'un cartel mexicain, le passé et le présent ne vont pas tarder à converger vers un final étourdissant.

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