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Publié par collectif-litterature

viola_di_grado.jpgUne chronique d’Astrid

 

"70% Acrylique, 30% laine" : le premier roman d'une cousette transalpine aux doigts de fée

 

Septembre 2012, 3 millions de sans emploi, la France en insuffisance respiratoire assiste au  lent déclin de son industrie. Demeurent les romans, qui en file indienne quémandent les bons points. La classe a déjà ses vedettes, celles victimes d’inceste ou de notoriété présidentielle. Au dernier rang, s’agite Viola Di Grado. Inconnue, Italienne, cheveux d’or vénitien sertis d’un capuchon rouge, la jeune femme faisant fi de l’ennuyeux relais de la presse germanopratine, s’avance à pas feutrés vers le tableau noir des honneurs.

Debout sur l’estrade, Viola Di Grado brandit son premier roman : "70% acrylique, 30% laine". Silence. Il est temps de découvrir l’histoire décousue, rapiécée et  enrubannée de noir de Camélia. Camélia vit à Leeds, ville du nord de l’Angleterre au ciel poursuivi de neige où prospèrent les cimetières, les dealers, les roux livides en tongs sous la pluie et les Fish and Chips indigestes. Camélia vit seule avec sa mère suite au décès du pater familias. En décomposition, les deux femmes ont quitté le monde de la parole pour celui de l’exil cérébral, l’une se réfugiant dans la confection de vêtements démesurés et grotesques et l’autre - la mère - reine déchue du polaroid zoomant sur tous les trous à sa disposition. Ambiance crépusculaire dans une maison hantée de dégout, de vomissures et de souffrance indécente. Autiste, Camélia cisaille son existence dépossédée d’amour jusqu’au jour où elle croise Wen, un jeune chinois propriétaire d’une boutique de vêtements. Sur fond d’idéogrammes aussi complexes que raffinés, Camélia réintroduira le langage et le troublant piège de sa beauté dans une vie déshydratée. Renaissance des élans amoureux sous l’œil circonspect du dragon et le crachin glacial d’une ville prohibant la lumière.

Ce premier roman, déniché par Les Editions du Seuil, marche sur les œufs de la poésie noire et n’est pas sans évoquer l’Amélie Nothomb des débuts, celle qui le temps  de quelques best-sellers fut la vestale gothique des lettres françaises. On y retrouve tous les ingrédients mordants  du mal être, du deuil impossible ou encore la ligature incestueuse unissant les êtres à la souffrance. Pour dire le vague à l’âme ou le soleil dans le caniveau, Viola Di Grado use et abuse avec virtuosité de métaphores poétiques qui font sens et ballade le lecteur dans un labyrinthe de Pan sous champignons hallucinogènes. Mais au-delà de cette prouesse stylistique - parfois surdosée - on perçoit l’acuité d’une intelligence, de ces intelligences qui évoquent sans pudeur la perversité des liens du sang médaillés d’or de l’aliénation. Pour celles et ceux qui apprécient le canard laqué et les langueurs de la Cité Interdite, "70% acrylique, 30 % laine" sera aussi l’occasion de découvrir le lent et si érotique alphabet chinois que l’auteure décrypte avec une troublante sensualité.

Toujours debout sur l’estrade, Viola Di Grado, 24 ans, sicilienne exilée à Londres, lèvres closes peintes de noir, attend en ce mois de septembre 2012 que la France des lettres salue son indéniable talent.

 

Astrid MANFREDI, (laisse parler les filles)

 


Auteure : Viola Di Grado

Nombre de pages : 235
Editions : Seuil Roman
Traduit de l'italien par : Nathalie Bauer
Prix France : 18,50 euros

 

Note de l’éditeur : roman coup de poing, cynique, drôle et noir, servi par une écriture neuve, incisive et poétique, qui décrit efficacement la rébellion de la narratrice et son instinct effréné de survie.

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Emmanuelle 21/09/2012 10:04

Belle critique qui me donne envie de lire ce livre, mais en italien . Connaissez-vous les références du livre dans sa version originale ?