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Publié par collectif-litterature

Une chronique de Cassiopée

 

Librement inspiré d’un épisode de la vie d’Agatha Christie, ce roman est intéressant et très agréable à lire. En 1928, Agatha a divorcé car son mari la trompait. Elle fuit à bord du train mythique l’Orient-Express, en se cachant et en ayant un peu modifié son apparence. Elle a réellement voyagé de cette façon et a d’ailleurs écrit en 1934, le Crime de l'Orient-Express où un meurtre commis dans le convoi ferroviaire obligeait Hercule Poirot à mener l’enquête.

La voilà installée dans un wagon, profitant autant que possible de l’anonymat que lui offre la situation. Elle essaie de se montrer apaisée bien qu’elle imagine voir son mari partout. Cela l’obsède et elle n’est pas si sereine qu’elle veut le faire croire. Dans ce lieu magique, très bien décrit par l’auteur (on se croirait en voyage avec elle), elle fait connaissance avec deux dames dont une qui va partager sa cabine. Son instinct de femme lui souffle que ces deux-là cachent quelque chose. L’une dit qu’elle est partie car son mari était violent, l’autre se rend sur un chantier de fouilles en Mésopotamie. Divers événements, lors de ce long trajet, vont faire que ces trois là vont créer des liens, et mettre en place une solide amitié. Une relation purement féminine comme si les hommes n’avaient pas de place dans leur trio. De plus, en ce début de vingtième siècle, elles ont une nette tendance féministe. Suivre leurs actes, leurs raisonnements, leur façon de faire a été captivant. En replaçant ces trois voyageuses dans le contexte des différents lieux évoqués, de l’époque, on découvre un pan de vie des personnes confrontées à diverses problématiques que je ne citerai pas pour ne pas tout dévoiler du récit. Mais c’est sacrément bien pensé. Ce sont des thématiques abordées avec doigté par l’auteur à travers une histoire originale mêlant fiction et réalité.

Un point fort de ce livre est également l’approche du monde des fouilles archéologique. Une atmosphère particulière, le rôle de chacun sur le terrain et les rapports entre les individus, le lien avec les habitants du coin, le transport des pièces rares qui sont mises au jour, tout cela a été une riche découverte pour moi. Je ne sais pas si Lindsay Ashford s’est beaucoup renseignée sur l’archéologie mais en ce qui concerne la vie d’Agatha Christie, elle a lu et s’est imprégnée de nombreuses informations qu’elle a su intégrer à son texte intelligemment, le rendant très vivant et lui donnant « du fond ».

L’écriture de l’auteur est fluide, son propos maintient l’attention du lecteur. La traduction est de bonne facture, merci à Philippe Vigneron pour son travail de qualité. Les événements relatés font parfois référence au passé des unes ou des autres mais tout est clair. J’ai beaucoup aimé la mise en place des relations entre ces trois dames. Elles prennent le temps de s’observer, de se connaître, ne se dévoilant que peu à peu. C’est humain, compréhensible. On devine les difficultés liées aux tabous de l’époque et comment elles choisissent, parfois, de s’en affranchir. J’ai aimé leur retenue, puis leur espèce de libération lorsqu’elles se sentaient en confiance. J’ai apprécié qu’elles gardent, de temps à autre, une part de mystère. Cela permet de les sentir « vraies », terriblement humaines, vulnérables quelques fois mais décidées à se prendre en main, à vivre, et peut-être à tracer le chemin pour les générations futures….

Je ne connaissais pas Lindsay Ashford et c’est une superbe découverte !

 

 

Traduit de l’anglais par Philippe Vigneron
Éditions : L’Archipel (12 Mars 20120)
396 pages

Quatrième de couverture

Octobre 1928. Son divorce lui a laissé un goût amer. Agatha Christie vient de prendre place sous une fausse identité dans l’Orient-Express. Rien ne l'oblige à rester en Angleterre pour écrire son dixième roman. Elle a trente-huit ans. À bord de ce train mythique qui doit la mener à Istanbul, elle fait la connaissance de deux femmes, Nancy et Katharine. Elles aussi cachent leur passé.

 

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