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Publié par collectif-litterature

Impurs, de David Vann

Une chronique de Cassiopée.

Entre l’amour et la haine, il n’y a qu’un pas ?

David Vann excelle à mettre en scène des relations familiales torturées, houleuses, enracinées dans les non-dits (qui on le sait, pourrissent la vie). Cette fois-ci, c’est Galen, un jeune homme qui se « cherche », que l’on découvre. Il est entouré de femmes : sa grand-mère (placée car elle « se perd » un peu. « Tu sais ce que ça fait, de ne pas se souvenir ? C’est comme n’être personne, mais être pourtant obligé de vivre ».), sa mère (avec qui il vit au quotidien), sa tante (jalouse de tout et intéressée par l’héritage), sa cousine (provocatrice, moqueuse et attirée par le sexe). 

Seul « homme » au milieu de cette gente féminine, adepte d’une certaine forme de détachement, des textes de Khalil Gibran et de méditation, il essaie de se détacher de son corps, cette coquille de noix vide qu’il voudrait dominer par l’intermédiaire de son esprit. Ce n’est pas toujours le cas … devant les formes voluptueuses savamment dévoilées par sa cousine, et bien…. il reste un humain avec des envies de …. De plus, ses expériences mystiques ne sont pas toujours des réussites et il est déçu, si souvent, interprétant les failles, les actes comme autant de signes… mais de signes de quoi ? « Le monde dans son immensité et dans son néant si décevant. » « …le soi n’était pas une illusion mais une entité qui ne pouvait jamais mourir. »

Les joutes verbales et visuelles (les regards assassins existent !!) sont nombreuses et on perçoit bien que personne ne se sent vraiment à l’aise. Par rapport aux femmes de la famille, on a l’impression que Galen est « leur objet », que chacune, à sa façon, essaie d’avoir une forme d’exclusivité avec lui, que ce soit par l’amour, la haine, la jalousie…  Sa relation à sa mère est faite de hauts et de bas, de jours complices et de jours venimeux ….. « On fuit quelqu’un. Ou tout le monde. » Galen est mal dans sa peau. Il aimerait «se noyer dans la terre ». Il se nourrit de rien, ou plutôt si, de ses émotions exacerbées, dont sa colère ou sa douleur, violentes, saumâtres, incontrôlables. Elle l’envahissent, le remplissent et plus rien n’existe qu’elles, décuplées à l’infini. Il a peur de l’avenir et c’est peut-être pour ça qu’il s’exerce à la méditation, croyant que cela lui permettra d’anticiper, de prévoir, de gérer, de tenir les rênes. « Nous étions terrifiés par le néant, par l’ignorance de ce que nous réservait l’avenir, de ce que nous devions faire, de ce que nous devions être. »

Dès les premières lignes, le récit est lourd, pesant, dense, l’ambiance limite malsaine. Le style percutant, vous assomme et vous laisse en vrac, pantelante. Les dialogues tous écrits de manière indirecte n’apportent aucune légèreté du fait de leur forme. Bien sûr, c’est voulu… Au fil des pages terribles, des mini drames se nouent et on se demande jusqu’où tout cela peut aller…. Que dire de cet amour et de cette haine qui sont si proches et si éloignés en même temps ? Qu’espérer devant tant de pessimisme, de désespérance ?

C’est un livre que je n’ai pas pu « dévorer » tant il est « consistant », pas forcément en nombre de pages mais bien dans son contenu.  Mais je l’ai beaucoup apprécié bien qu’il soit très dur. David Vann décrit un univers où il faut chaud (d’habitude il préfère le froid), où tout vous colle à la peau : le passé et ses ratés, le présent et ses erreurs, le futur et ses incertitudes.  En qui, en quoi Galen peut-il croire pour aimer la vie ? Et David Vann ? Est-ce qu’écrire l’aide à avancer et à croire en l’homme ?

 

Impurs
Auteur : David Vann
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
Éditions : Gallmesteir ( Octobre 2016)
Collection : Totem
ISBN : 978-2351785683
Nombre de pages : 264

Quatrième de couverture

Eté 1985. En plein coeur de la Vallée Centrale de Californie, Galen, vingt et un ans, vit seul avec sa mère. Etouffé par son amour exclusif, le jeune homme se réfugie dans la méditation. Leur existence est rythmée par les visites inopportunes de sa tante et de sa cousine trop sexy, et par celles qu'ils rendent à sa riche grand-mère dont la mémoire défaille. Mais l'accumulation de rancoeurs entre les deux soeurs et l'obsession de Galen pour sa cousine ne tarderont pas à les mener au bord de l'explosion.

 

 

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