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Publié par collectif-litterature

Nos 14 Novembre, d’ Aurélie Silvestre

Une chronique de Cassiopée.

Enterrer « le Nous »….

 Comme  Antoine Leiris dans « Vous n’aurez pas ma haine » (et je pense que c’est lui qu’elle évoque à la fin de son livre en parlant d’Antoine), Aurélie Silvestre a choisi la vie et de continuer à avancer après l’attentat du Bataclan dans lequel son conjoint est décédé.

 Est-ce que c’est plus « facile » de s’en sortir lorsqu’on a de jeunes enfants qui ont besoin d’attention et d’amour ? Est-ce que certaines personnes ont plus de « force de caractère » que d’autres ? Peu importe, la question n’est pas là.  

 Dans son livre, Aurélie Silvestre, sans pathos excessif, explique son combat pour vivre, porter l’enfant qu’elle attend jusqu’au bout, lui offrir la vie avec le sourire, même si son conjoint n’est plus présence charnelle et qu’il lui manque terriblement. Elle jalonne son récit de quelques photos, nous racontant combien son polaroid a de l’importance. Elle partage son amour, lui permettant ainsi de laisser « une trace » de Matthieu. Elle dévoile à mots couverts leur rencontre un peu improbable, leur jeu de « cache-cache » avant de s’installer ensemble. La genèse du récit c’est comme un exutoire, le besoin de poser des mots sur la douleur, sur le combat quotidien mais également le souhait de monter combien leur couple était beau et s’aimait.

 « Enterrer le Nous », ne signifie pas oublier, passer à autre chose, c’est simplement le fait de comprendre, d’accepter que certaines choses ne seront plus , que des rituels familiaux avec ou sans les enfants ne pourront plus être comme ils étaient et que, petit à petit, ils s’estomperont, ils resteront de tendres souvenirs. Il faut apprivoiser la béance dans le cœur et l’absence dans le quotidien, il faut rester debout et marcher…. Un pas après l’autre, une nuit après l’autre, à chaque jour suffit sa peine, et chaque minute gagnée est un instant gagné sur les ténèbres … Mais que c’est dur !!! Combien il faut être solide et volontaire pour accepter de recevoir l’enveloppe avec les quelques objets récupérés sur le corps, ces objets qui « matérialisent la mort »…. Il est nécessaire d’être fort, mais de temps à autre, il faut se laisser « bichonner » par ceux qui nous aiment, nous aident, parce que cela permet sans doute de se ressourcer, de s’abandonner, et de  puiser de quoi tenir encore un peu….

 Les phrases courtes, les chapitres bien ciblés et les mots choisis laissent entrevoir une émotion à fleur de peau et permettent de découvrir  une femme qui a su trouver dans tout ce qu’elle a construit avec Matthieu, l’être aimé par-dessus tout, la résistance nécessaire pour ne pas se laisser envahir par le négatif et voir dans un arc-en-ciel, la beauté d’un instantané coloré qui permet de poursuivre la route malgré tout ce qui peut être noir dans le monde ….

 

Nos 14 Novembre
Auteur : Aurélie Silvestre
Éditions : Jean Claude Lattès (Novembre 2016)
Essais et documents
280 pages
ISBN : 9782709659260

 Quatrième de couverture

 « L’homme de ma vie est mort et le père de mes enfants est mort sous les balles des terroristes. Je viens de passer une nuit avec cette nouvelle dont je ne sais que faire.
Je me rends à l’Ecole Militaire, où on reçoit les familles.
Mon fils dort encore, je pose la main sur mon ventre pour sentir ma fille. Le soleil se lève sur la ville, toute la beauté du monde n’a pas disparu.
Je me redresse, j’essuie les larmes qui coulent sur mes joues.
Les suivantes ne sont déjà plus les mêmes, qui doucement font naître la décision la plus importante de mon existence : je vais continuer à vivre.
Je luis dois bien ça, je nous dois bien ça.
Nous serons heureux. »

 

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