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Publié par collectif-litterature

 Grossir le Ciel, de Franck Bouysse

Une chronique d’Éric Furter

Si vous traciez une ligne droite sur une carte entre Alès et Mende, vous aboutiriez au lieu-dit des Doges ; c’est dans ces terres sauvages où l’homme ne fait plus guère qu’un avec la nature, les saisons et les animaux, que vous trouveriez Gus affairé à réparer une barrière de fil de fer barbelé ; il vient d’apprendre la mort de l’Abbé Pierre et là, « à mille milles de toutes terres habitées », la nouvelle du décès du grand frère de l’hiver 58 prend un écho particulier.

C’est vrai qu’on n’est pas très loin du lieu de naissance d’Urbain V, mais les terres ne sont guère catholiques ici, rugueuses et austères comme le protestantisme qui marque le corps et l’âme des Lozériens. Le culte entre dans le rituel quotidien afin d’apaiser la camarde qui rode dans l’âpreté des jours, mais les dieux ont disparu depuis belle lurette de ces lieux sans merci.

Cet hiver-là, la terre est appesantie par la neige et le ciel bas mêlé à de sombres présages tisse dans le fil des jours la trame sacrée d’une tragédie ancrée dans le sol. Car les augures n’ont guère été favorables à Gus au long de son existence solitaire, exilé tôt de l’enfance et confronté à la bêtise du père.

L’esprit de « L’épervier de Maheux » plane sur la prose de Franck Bouysse (1) et l’on retrouve ici le sang noir des liens familiaux, les secrets trop longtemps enfouis dans le cœur de tous ces taiseux.

Le drame s’organise en sphères concentriques autour de ce silence, d’Abel le voisin curieux, des « suceurs de Bible » en mal de respectabilité et d’un fils trop longtemps caché qui révélera toutes les blessures infligées.

Vous qui étiez las de ce monde ancien, prenez la route des hommes antiques et vous trouverez ici dans cette mémoire le présent de votre histoire.

 

  1. Grossir le ciel est le huitième roman de Franck Bouysse.

 

Grossir le ciel
Franck Bouysse
La Manufacture des livres (octobre 2014)


 

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