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Publié par collectif-litterature

Les heures silencieuses, de Gaëlle Josse

Une chronique de Bruno (BMR). 

Pour celles et ceux qui aiment la peinture flamande.

Portrait flamand. Dame vue de dos.

On avait été quelque peu déçus par le bouquin de Gaëlle Josse sur Le dernier gardien d'Ellis Island mais cette auteure française a eu droit à une séance de rattrapage.
Ce sera Les heures silencieuses.
À partir d'un tableau du peintre flamand Emanuel De Witte, Gaëlle Josse nous emmène dans cet intérieur hollandais, au XVII° siècle, aux temps de la splendeur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

« [...] Nous sommes les commerçants les plus puissants en ce monde. Qui ne se sentirait plein d'orgueil, sachant la part qu'il y prend ? C'est sur mer que notre domination s'est établie, car nous y sommes habiles. »

Pour une fois, on regrette presque le format électronique du ebook tant on aimerait retourner de temps à autre sur la couverture où la toile peinte par De Witte est reproduite. C'est à partir de cette peinture, que Gaëlle Josse imagine toute la vie de la dame qui y est peinte de dos. Toute la vie quotidienne des riches marchands de Delft vers 1670, à travers le journal intime de cette dame vue de dos.

Elle  imagine même les voisines et amies en train de se faire tirer le portrait par Veermer (de vrais tableaux de Veermer : [clic] ).
Le procédé est intéressant, original et bien mené.
D'une belle écriture aux tournures du passé, Gaëlle Josse met en scène cette femme de riche marchand, armateur de bateaux, et toute une vie d'espoirs et de déceptions, un beau portrait de femme (même vue de dos).
Depuis les souvenirs d'enfance avec son père dont elle était la fille aînée mais qui n'avait pas eu de garçon pour prendre sa succession. Elle bénéficiera de ses conseils avisés pour se faire une petite place dans un rude monde d'hommes.

« [...] Le négoce est chose parfois difficile. Gardez la douceur de vos sentiments pour ceux de votre sang, et votre considération pour ceux de votre rang. »

Sa découverte de la traite des noirs, quand les épices ne ramenaient plus assez d'or dans les coffres.

« [...] Ce sont des hommes que l'Amsterdam convoyait à destination des plantations espagnoles d'Amérique.
Je ne sais si cela est juste de transporter des êtres semblables à nous, tels des sacs de noix de muscade ou des tonneaux de cannelle.
Nos voyageurs rapportent qu'en ces endroits, les femmes enfantent de la même façon que nous, dans le scris et dans le sang. Leurs nouveaux-nés ressemblent aux nôtres, exception faite de leur couleur, et elles les nourrissent avec grand soin, paraît-il. »

Et puis les maternités qui épuisent, la vieillesse qui s'installe (à 36 ans), la sagesse qui vient ...

« [...] À ne plus être désirée, ai-je encore un visage ? »

La peinture flamande est réputée pour la lumière qu'elle laisse tomber sur les visages : Gaëlle Josse a choisit peut-être le seul tableau de cette époque qui présente une femme de dos et elle réussit à lui redonner vie et visage !
Un tout petit bouquin pour un beau portrait flamand de dame.

« [...] Le moment de la remise du journal de bord, où tous les faits et incidents du voyage, intempéries, maladies à bord, réparations, courants marins, forme des rivages abordés, animaux ou oiseaux rencontrés, sont consignés.
On y trouve parfois des dessins qui montrent ce qui est difficile à expliquer, ou la description de mœurs étranges, bien éloignées des nôtres. [...]
Que d'heures ai-je passées dans ces carnets, à m'en brûler les yeux et à en perdre le sommeil, transportée en des lieux que de ma vie, je ne connaîtrai. Dans ces moments-là, ai-je assez maudit le sort de m'avoir fait fille ! »

Bruno ( BRM) : les coups de Coeur de MAM et BMR

 

Les heures silencieuses, de Gaëlle Josse

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