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Publié par collectif-litterature

Le liseur du 6 h 27, de  Jean-Paul Didierlaurent

Une chronique de Bruno (BMR). 

Pour celles et ceux qui aiment lire dans le métro ou le RER.

Attention à la marche en descendant du train.

C’est B. qui nous a fait inscrire sur la liste de nos envies, celle d’un trajet en compagnie du Liseur de 6h27, roman du vosgien Jean-Paul Didierlaurent(1).
Un bouquin autour duquel on tournait déjà depuis un petit moment puisqu’il alimente de nombreux blogs depuis quelques mois.
La recette de ce succès est désormais bien connue : un titre intriguant, une prose facile mais élégante, un brin d’érudition, pas mal d’humour voire d’autodérision, un ancrage dans le réel d’aujourd’hui, une nette empathie pour les ‘gens’ en général voire quelques éclopés de la vie en particulier, …
Et si en prime votre bouquin parle de … bouquins, alors vous êtes assuré de faire la une de la blogoboule.
Mais le fait que la recette soit connue ne doit pas nous empêcher de reprendre une assiette de ce plat savoureux.
Nous voici donc confortablement assis dans le RER (j’ai dis une bêtise ?). À la station suivante, c’est Guylain Vignolles qui monte dans la rame.
Et il se met à lire, c’est le liseur du 6h27.
Jusque là, rien que du normal et du banal.
Oui mais, Guylain n’est pas un liseur de RER comme les autres : Guylain lit quelques pages à haute voix, forçant l’attention de ses covoiturés …

« […] Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s’agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d’histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. »

Effectivement, c’est le secret de la recette quand elle est bien réussie, la magie opère : on pense à Le Guern, le crieur de nouvelles de Fred Vargas.
Très vite Guylain aura lui aussi son fan club :

« […] - Attendez, je ne fais que lire des morceaux de textes, des pages volantes qui n’ont pas de rapport entre elles. Je ne fais pas de lecture de livres.
- Ah ! non mais ça on sait. Ça ne nous gêne pas, au contraire ! c’est même mieux. C’est moins monotone et puis au moins, si le texte n’est pas intéressant, on sait que ça ne va jamais durer plus d’une page. Ça va bientôt faire un an que Josette et moi, on vient vous écouter dans le RER tous les lundis et jeudis matin. Ça fait un peu tôt pour nous mais c’est pas grave, ça nous force à sortir. Et puis comme c’est les jours de marché, on fait d’une pierre deux coups. »

Quelques pages et stations plus loin on apprendra que Guylain travaille au pilon dans une usine à broyer des livres (dont il sauve quelques pages évidemment, on l’aura compris). Cette fois ce sont les ombres bienveillantes de Lila K et de Blandine LeCallet qui planent au-dessus de cette histoire aux saveurs kafkaïennes.

« […] C’était bon de constater qu’il existait un autre monde […], un monde où les livres avaient le droit de finir leur vie douillettement rangés dans les casiers verts le long des parapets en vieillissant au rythme du grand fleuve sous la protection des tours de Notre-Dame. »

La seconde partie du livre est moins originale où Guylain découvre (sur clé usb pour faire branché) le journal d’une dame-pipi d’un centre commercial. Journal qu’il se met à lire au fil des rames. Il se mettra aussi à la recherche de la dame(-pipi).
Une bluette humoristique dans la veine de La liste de mes envies , du Mec de la tombe d’à-côté ou du Hérisson, avec des vraies gens dedans ou du moins ce qu’on imagine être des vraies gens … parce que fort heureusement il va s’avérer que la dame-pipi n’est (je cite) ni une vieille femme revêche, ni une ivoirienne rigolarde en boubou, ni une gamine au crâne rasé et couverte de piercings.
Le tout est donc à ranger au rayon du easy-reading et du feel-good-booking ! Un petit livre sans prétention à lire agréablement pour se mettre de bonne humeur … dans le métro ou le RER, parce que :

« […] Lorsque le RER s’arrêta en gare et que les gens quittèrent leur wagon, un observateur extérieur aurait pu sans peine remarquer à quel point les auditeurs de Guylain détonnaient d’avec le reste des usagers. Leur visage n’affichait pas ce masque d’impassibilité qu’arboraient les autres voyageurs. Tous présentaient un petit air satisfait de nourrisson repu. »

Sans bouder ce plaisir, on se dit que les deux parties du bouquin auraient peut-être gagné à être retaillées (ou à rester taillées ?) en deux petites nouvelles plus aigües.

(1) - oui, l’auteur lui aussi, tout comme son héros Guylain Vignolles (et non pas Vilain Guignol) avait des parents facétieux : pauvre gars qui doit se faire engueuler chaque fois qu’il répond gentiment à la question : bon, alors, nom, prénom ?  …


Bruno ( BRM) : les coups de Coeur de MAM et BMR

 

Le liseur du 6 h 27, de  Jean-Paul Didierlaurent

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