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Publié par collectif-litterature

Je refuse, de  Per Petterson

Une chronique de Cassiopée.

Ce livre est l’histoire d’une rencontre, celle que j’ai faite avec cet auteur mais également celle de chaque personnage avec la vie…

« Elle voulait que je me lie à elle. Je devais déposer ma vie entre ses mains. »

Quelle est l’alchimie particulière qui crée des liens forts entre deux personnes, que ce soit d’une même famille, d’un voisinage proche ou d’un même milieu scolaire ou professionnel ? Est-ce que le « parce que c’était lui, parce que c’était moi. » explique tout ?

D’ailleurs, est-il nécessaire d’expliquer, de décortiquer, de comprendre les relations humaines ?

Jim et Tommy étaient deux adolescents, tout à fait différents de par leur situation de famille mais amis au-delà de tout. Amis pour la vie comme on le dit à cet âge là, amis pour toujours, à la vie, à la mort ? 

La vie nous joue des tours de temps à autre. On croit tenir les rênes mais tel un cheval rétif , elle décide et nous entraîne sur d’autres voies, loin parfois de celle, toute tracée, bien lisse, qui s’offrait à nous.  Et, comme le dit la chanson : « Et la vie sépare ceux qui s'aiment. Tout doucement, sans faire de bruit. »

Jim et Tommy ont été séparés, et voilà que ce hasard, que certains appellent coïncidence ou  destinée, les fait se croiser alors que rien ne le laissait supposer. Ils  ont avancé l’un et l’autre, différemment de ce qu’auraient laissé imaginer leurs conditions de vie au départ . Et comme chacun le sait, les adultes d’aujourd’hui n’ont parfois aucun point commun avec les jeunes adolescents d’hier…

Cette rencontre, très courte, entre les deux hommes, va les amener à cheminer dans le passé, dans le présent mais également à se positionner pour leur futur. C’est douloureux, comme tout ce qui touche à l’intime et que l’on essaie de cacher jusqu’au jour où….

Décidément, j’aime la Norvège et ses ambiances froides d’hommes et de femmes emmitouflées dans leurs vêtements, comme si ces derniers engonçaient leurs émotions, comme si une fois déshabillés, alors seulement, ils pouvaient s’exprimer… J’aime ces paysages immenses qui se devinent entre les lignes, ces rapports humains qui se créent au rythme de la nature, autour d’une cane à pêche ou d’une séance de patinage sur les lacs gelés. 

L’écriture polyphonique, permettant de suivre chacun à différentes époques, offre un regard acéré sur la construction des attaches entre les hommes, de celles qui resteront, fils ténus mais invisibles, de celles qu’on renie ou qu’on oublie …. Le rythme est lent, le style précis, sans fioriture mais infiniment humain, comme si chaque mot était chuchoté pour ne pas avoir l’air de se mêler de la vie de ceux qui sont ainsi exposés.

L’atmosphère est intime mais sans voyeurisme, délicate et parfois suspendue comme l’haleine dans la gelée du matin, évanescente, mais présente, impalpable mais infiniment bien retranscrite.

Ce livre aux hommes cabossés, secoués par la vie, portés par leur colère, leur charisme, leur volonté ; déstabilisés par ce qu’ils croient être des échecs ou ce qui leur échappent est un coup  de cœur.

Et s’il fallait donner une raison à ce coup de cœur, ce serait : « parce que la magie de la rencontre a eu lieu. »

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Je refuse
Auteur : Per Petterson
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editions : Gallimard (9 Octobre 2014)
Collection : Du monde entier
272 pages
ISBN : 9782070141517

 

Quatrième de couverture

Jim et Tommy ne se sont pas revus depuis plus de trente ans. Tous deux ont grandi dans la même petite commune près d’Oslo : Jim couvé et protégé par une mère très pieuse, Tommy abandonné par sa mère, malmené par un père violent, puis séparé de ses trois sœurs placées dans des familles d’accueil et obligé de travailler dans une scierie. Pourtant, c’est bien Tommy qui fait carrière dans la finance, alors que Jimmy vivote, entre son travail de bibliothécaire et des arrêts maladie de longue durée. Quand ils se retrouvent par hasard, sur ce pont menant à la capitale où Jim s’est installé pour pêcher, les souvenirs ressurgissent...

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BMR 04/02/2015 19:15

Joli billet en tout cas ...
donc qui donne vie d'aller voir plus loin ce bouquin !