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Publié par collectif-litterature

Constellation, d’Adrien Bosc

Une chronique d’Eric.

Il arrive parfois que les hommes mettent au service de leurs rêves une technologie inachevée. La défaillance de ces engins reste une énigme ou une suite d’hypothèses et seuls les morts se terrent dans la certitude de l’inéluctable. À vrai dire le Constellation, « né de la folie d’un homme, Howard Hughes » et du constructeur Lockheed Aircraft ne présentait pas au départ toutes les garanties de sécurité (plusieurs incidents avaient déjà été observés lors de vols précédents la tragédie du F-BAZN d’Air France.). Quoi qu’il en soit ce soir du 27 octobre 1949, quarante-huit passagers prirent place à bord du Constellation en partance pour New-York.Quelques heures après, au large de l’île des Açores, l’avion disparait des écrans — radar puis est retrouvé le lendemain après-midi non loin du pic du mont Redondo" avachi et disloqué, fracassé. Aucune trace de survivants dans ce spectacle de désolation ».

Adrien Bosc  dresse trait à trait le portrait d’un groupe humain soumis aux lois de la fatalité. Comme lecteurs nous sommes embarqués dans ce périple sans retour, spectateurs impuissants du désastre qui vient. Notre seul recours est dans l’empathie que nous pouvons avoir pour tel ou tel personnage piégé par l’intensité du moment et chaque être est revêtu de l’éclat de l’éphémère, déjà étranger à une vie qui va l’abandonner. Ainsi Jean de la Noüe, le pilote passionné par l’aviation" ni héros ni fuyard" pendant la guerre, demeure nostalgique de ce temps où les pionniers de l’aéropostale survolaient le désert, les dunes « où l’on ne voit rien, n’entend rien où la beauté est cachée par l’immensité » page 18. Pour certains passagers un frisson de fierté les saisit à proximité du grand champion de boxe qui va jouer sa carrière à New-york:Marcel Cerdan.Tout est en place pour un couronnement mondial certain:la victoire sur Jack la Motta, l’arrivée triomphale à Paris, l’embrasement de l’amour en apothéose avec Édith Piaf. Les destins sont ainsi liés par l’accident qui va se produire et l’insouciance et la joie qui émanent de ces êtres à la perspective d’un nouveau départ et d’une nouvelle quête. « Une constellation de destins qui s’entrechoquent, promis à un grand avenir pour certains, héritiers d’histoires personnelles parfois héroïques pour d’autres ». Dans un entretien accordé au journal « la Croix », l’auteur nous précise que son désir était d’écrire sur la notion de hasard, sur le destin et la fatalité. Quel est la part de déterminisme où de « hasard objectif » selon les termes mêmes d’André Breton qui transforme nos vies en un chemin où toutes les joies sont promises ou au contraire en destin qui referme ses serres d’acier en un lieu fatal et final.

« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » nous dit Mallarmé à la fin du XIXe siècle terrifié à l’idée de voir nos grands récits disparaître. Si Dieu est mort, tout devient aléatoire et plus aucun Absolu ne s’impose à nous... sinon la contingence elle-même. Et s’il faut préserver la possibilité d’un Absolu, c’est que lui seul peut nous protéger du retour paradoxal des idoles. En somme : un traitement métaphysique de nos désordres les plus actuels. Rien n’est significatif dans ce terme de hasard sinon l’apparition d’un Dieu lointain et regretté.

Éric Furter

Présentation de l’éditeur.

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend « nécessaire » ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »

 

 

Constellation
Adrien Bosc
Éditions Stock
Collection : La Bleue
Parution : 20/08/2014
198 pages
Prix : 18.00 €

 

 

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